Le parlé marseillais
Jusqu’au XIXe siècle, on parlait le provençal à Marseille, et ce depuis la disparition de l’empire romain. Puis au début du XXe siécle, les hauts fonctionnaires parisiens ont décidé que tout le monde devait parler le français de France. Alors les marseillais, contraints par ces môssieurs de Paris à adopter une nouvelle langue, l’ont apprivoisée pour en faire la leur, en mélangeant le provençal au français, en marseillisant un grand nombre de mots, en transformant carrément la signification de certains mots, en francisant des tournures grammaticales provençales.
Le marseillais découle donc de deux langues distinctes et codifiées : le provençal, l’une des plus anciennes lingua materna (langue gallo-romaine), et le français « académique », qui vient des langues d’Oïl, c’est-à-dire des équivalences de mots latins avec des mots plus ou moins semblables dans les différents dialectes du nord, et qui n’a été codifié qu’au XVIe siècle.
Tout le monde ! Ce n’est pas un argot réservé aux classes populaires, c’est un mode de communication à part entière, et tout le monde à Marseille l’utilise
C’est très simple : on prononce toutes les lettres, on met l’accent sur les voyelles pour les appuyer, on rajoute un « e » entre deux consonnes collées (comme dans « peneu » au lieu de pneu), on ouvre les « o » et on dit « é » au lieu de « è »
Aganter (verbe francisé tiré du verbe provençal aganta : attraper)
On s’est fait aganter par le patron
An pèbre (locution provençale utilisée pour exprimer une période chronologique mal définie)
Antoine ? je l’ai plus vu depuis l’an pèbre.
Il est pas près de remettre les pieds ici avant l’an pèbre !
>Balès : (repris dans le language familier français en « balèze » ou « balaise » : costaud)
Il est balès Dédé, il fait au moins 120 kg !
Purée, il était balès l’exercice, j’ai rien compris !
Ballon : les marseillais ne vont pas au stade voir un match, ils vont au ballon voir l’Ohème !
Brave : utilisé avec trois sens : gentil, un peu limité, gros-sacré
Toine, c’est un brave homme pour sa femme
C’est pas sa faute, peuchère, il est bien brave !
Vous avez laissé un brave pati (désordre) dans la cuisine !
Cabestron : désigne une fille pas jolie, mais aussi un imbécile, un incapable
la fille de Zé, c’est pas un cabestron, elle assure méchament
quand ils m’ont posé les mallons (carrelage) y m’ont fait un travail de cabestron !
Cacarinettes : s’utilise pour désigner désigner quelqu’un d’étourdi ou un peu idiot
Ce petit il a les cacarinettes, il me fait que des bétises
T’as encore oublié d’acheter le pain, t’as des cacarinettes dans la tête ou quoi ?
Cácou : la connotation péjorative d’origine (jeune homme aux allures et aux activités douteuses) a disparue. Aujourd’hui désigne un jeune qui veut se montrer, qui se la joue. On dit aussi cake ou quèque
Les lunettes de soleil en boîte, ça fait trop cake !
C’est une sacré bande de cake ces minots !
Cagole : fille de mauvais genre, d’allure vulgaire
Regarde un peu cette cagole avec ses bottes à frange !
Dache (à) : très loin. Typiquement marseillais. Nom d’un déménageur marseillais qui était installé à la Belle de mai et qui est parti à Endoume, deux quartiers assez éloignés l’un de l’autre
Ton magasin, c’est à dache. On prend la voiture
Cet enquiquineur ? je te l’ai envoyé à dache !
Hier je suis allé au cinéma, y avait dégun
De longue : tout le temps, sans cesse, toujours
Arrête de me coller de longue, tu me gonfles
Emboucaner : déranger, embêter, polluer, sentir mauvais
Il nous a emboucané toute la soirée avec ses remarques
On va pas se laisser emboucaner par cet abruti quand même !
au sens figuré, signifie pousser quelqu’un à faire quelquechose, se battre, s’énerver
Arrête de m’emboucaner, je te dis que je mettrai plus les pieds dans ce restaurant !
Le voisin, hier, il s’est emboucané avec les jeunes du quartier
Allez, fais pas le fada, descend que tu vas tomber !
Celui-là ne l’écoute pas, c’est un fada !
Est aussi utilisé dans le sens « je t’assure »
Quand on est arrivé, fada, tout le monde était parti !
Galéjer: verbe francisé issu du provençal : plaisanter. A donné Galéjade : plaisanterie sympathique, bon-enfant
A force de galéjer tout le temps, le Marius, plus personne le croit
Mais le prend pas mal, c’est une galéjade !
Ce mot a fait le tour de la France et a pris un sens plus péjoratif : mensonge, baliverne
Ces types, c’est des vrais gobastres !
Maffre (se lever le) : faire beaucoup d’efforts
Ça fait des mois que je me lève le maffre pour me payer des vacances
Mèfi, y a ton père qui nous regarde !
Mia : play-boy marseillais qui frime. Faire le mia : frimer
Où t’as eu ces chaussures de mia ?
Joue pas les mias avec moi, ça prend pas !
Pègue : colle Pégueux : collant, poisseux
La confiture, ça pègue aux doigts
Je vous serre pas la main, j’ai les doigts tout pégueux
Ké pègue ce petit, toujours dans les jupes de sa mère !
Réner : maugréer, râler Rénaïre : pleurnicheur perpétuel
Arrête de réner de longue, tu m’énerves !
Ce petit, quel rénaïre !
Santibelli : qui reste sans bouger, immobile, par extension : amorphe
Il est resté deux heures à faire le santibelli, mais elle est pas venue
Totì : imbécile, endormi, incapable de faire quoi que ce soit
Mais c’est pas vrai ça ! qui c’est qui m’a foutu un totì pareil ?
Vé : regarde (souvent associé avec Té : tiens)
Té vé, le voilà ! on n’attendait plus que lui
Vé les filles à la terrasse du bar, c’est pas des cagoles ça !
Zoù : exclamatif : c’est bon, ça y est
Allez zoù, cette fois on y va !
Adesias mes amis, j’espère que vous avez aimé la ballade avé l’accent chantant de Marseille et aujourd’hui en plus, je vous mène le mistral, que si ça continu comme ça, on va être tous fadas à force que ça souffle, peuchère de nous !
et tant qu'on y est, visite en images...






