Ces loups que nous connaissons si mal
Les loups ont toujours fasciné les hommes au cours de l'histoire, alimentant tous les domaines de la culture : la mythologie, la littérature, les arts mais aussi les peurs et les fantasmes collectifs. Ils ont été, selon les lieux et les cultures, les amis ou les ennemis des humains.
Pourtant, quand nous y regardons de plus près, ce ne sont pas les monstres sanguinaires que l'on a bien voulu nous faire croire.
Le nom savant de l'espèce est Canis lupus. Cela regroupe la majorités des populations de loups, mais on les appelle plus couramment Loup gris, Loup commun, Loup vulgaire ou encore Loup tout court. Il existe plusieurs sous-espèces, comme le Loup arctique (Canis lupus arctos) ou le Dingo.
Ce qui me fascine chez ces animaux, c'est la structure de leur société et leur comportement.
Ils vivent en meutes organisées selon une hiérarchie stricte dirigée par un couple, le mâle alpha et la femelle alpha. Le couple alpha est généralement le seul à procréer.
Généralement, la meute est une famille composée des deux parents et d'une ou plusieurs générations de louveteaux. Ainsi s'établissent les liens de domination et de soumission (classiquement le rang de dominance est indiquée par une lettre de l'alphabet grec, en suivant l'ordre d'importance dans la hiérarchie). À l'occasion, on verra apparaître un ou plusieurs loups oméga : ceux-ci sont les souffre-douleur de la meute et c'est vers eux que converge toute l'agressivité.
Autour de cette structure s'organise la vie des loups : ainsi ils peuvent chasser en groupe mais aussi élever leur progéniture. Le chef a le privilège de décider la chasse et de se nourrir en premier sur les proies, c'est également lui qui ordonne la poursuite d'un intrus sur le territoire. Enfin, c'est lui seul qui se reproduit avec la louve alpha à la saison des amours (bien qu'il y ait des exceptions). Lorsqu'un alpha est trop vieux, c'est l'un de ses subalternes qui lui dispute la place de leader et la prend s'il réussit à le dominer.
La taille des meutes varie du simple couple à la douzaine d'individus. Toutefois des cas rares de meute de plus de 30 loups ont été observés. Elle varie également selon la période de l'année : les principaux facteurs sont la mortalité et les dispersions. En effet, certains loups décident de quitter la meute (comme les loups oméga) ou sont bannis après avoir échoué lors d'un conflit. Des tensions peuvent naître pour plusieurs raisons : quand la nourriture se fait rare et peu disponible (surtout à la fin de l'hiver), pour pouvoir s'accoupler (en hiver de la fin février à la mi-mars) ou tout simplement pour dominer les autres loups. La plupart des loups quittent ainsi leur meute natale entre 9 et 36 mois. Une nouvelle meute se forme lorsque deux loups dispersants se rencontrent et disposent d'un territoire approprié, où la nourriture est accessible et suffisante pour fonder une nouvelle famille.
Pour des animaux sociaux comme les loups, la vie en meute présente plusieurs avantages :
La possibilité d'attaquer des animaux plus grands qu'eux, ainsi la chasse est plus efficace avec moins d'efforts.
Les réserves sont mieux gérées (moins de surplus abandonné aux concurrents lorsque plus de bouches sont à nourrir).
La protection des louveteaux, leur éducation et l'initiation aux rudiments de la chasse - la meute est une véritable maternelle où chaque membre prend soin des petits.
Le fait que seul le couple alpha se reproduise empêche la prolifération de loups sur un territoire, de plus les loups ne se reproduisent pas chaque année si la nourriture fait vraiment défaut.
Ca vous donne déjà une image différente ?
Les loups communiquent.
Le loup hurle, jappe, gémit et grogne. Les loups hurlent — entre autres — pour se rassembler et maintenir une cohésion dans le groupe. Leurs gémissements avertissent également les loups aux alentours de la présence de la meute, afin de prévenir contre les intrusions. Tout comme les gémissements, les hurlements sont composés de plusieurs harmoniques ce qui donne l'impression que la meute qui hurle est beaucoup plus nombreuse qu'elle ne l'est réellement. Il arrive parfois qu'un loup solitaire hurle pour se signaler à un conjoint potentiel. Chaque loup a une fréquence vocale distinctive, il est rare de rencontrer des loups qui ont des hurlements identiques.
Un autre sens utilisé pour la communication externe chez le loup est l'odorat. Ses facultés olfactives supérieures à celles de l'homme lui permettent de distinguer l'odeur de ses congénères. Il utilise ainsi des marquages au sol tel que l'urine ou les excréments. Ces marquages servent à délimiter son territoire.
Les loups utilisent tout un éventail de grognements, gémissements et brefs aboiements pour communiquer entre eux au sein de la meute que ce soit pour exprimer la peur, l'anxiété, la domination ou la soumission, la protestation ou encore pour jouer ou avertir la meute de la présence d'un intrus.
Ils ajoutent à ces signaux sonores des signaux visuels, principalement par l'expression de leur visage, leur posture, leur mouvements et la position de leur queue.
Un loup dans un état agressif aura par exemple le regard fixe, les babines retroussés, les crocs apparents, se tiendra droit les poils du dos hérissés et la queue levée pour chercher à impressionner. Inversement, un loup en état de soumission se fera plus petit, le regard fuyant et les oreilles baissés, la queue entre les jambes.
En plus des marquages au sol, l'odeur laissée par un loup s'il se roule sur la neige ou se frotte contre un arbre sera comme une « carte de visite ». Le loup sécrète en effet de nombreuses substances odorantes.
De mieux en mieux, non ?
Le loup et les hommes.
Le loup est un animal sauvage doté d'instincts précis lui permettant d'exceller dans la vie sauvage. Domestiquer le loup est très difficile, il reste un animal sauvage. Si cela reste faisable, le comportement de l'animal demeure foncièrement différent de celui du chien, ce qui est source éventuelle de danger et d'autres problèmes.
Aujourd'hui les gens sont très divisés sur la question des loups. Certains veulent les dresser, d'autres rêvent d'une réintroduction à grande échelle, d'autres encore veulent trouver un équilibre entre l'occupation viable de l'espace rural et la présence de ces prédateurs.
La question de savoir si le loup est, ou a été, un prédateur habituel de l'homme reste posée. Le loup est-il un mangeur d'hommes, comme le veut la tradition populaire ? Et bien il semblerait que non ! Dans le passé des loups atteinds de la rage ont attaqué des hommes, et parfois, en plein hiver, quand il n'y avait plus de gibier à chasser ils ont mangé des humains déjà morts, et peut-être dans certains cas extrèmement rares ont-ils attaqués des hommes, mais, pour la période contemporaine, aucune attaque spontanée de la part de Canis lupus n'a été documentée.
Éradiqués dans plusieurs zones de leur aire de répartition originelle peu à peu par l'homme, en particulier au XIXe siècle, les loups sont désormais protégés dans de nombreux pays où l'on tente de préserver les populations restantes.
La population mondiale de loups vivants à l’état sauvage est actuellement estimée à environ 200 000 individus (alors qu’il pouvait y avoir jusqu’à deux millions d’individus dans des temps plus anciens). Ils sont répartis au sein de 57 pays.
Pour finir ce long exposé, voici une très belle citation de Paul-Emile Victor.
Nous n’avions pour eux aucune haine
Ils faisaient métier de loups comme nous faisions métier d’hommes
Ils étaient créatures de Dieu
Comme nous
Ils étaient nés prédateurs
Comme l’homme
Mais ils étaient restés prédateurs, alors que l’homme était devenu destructeur .
J'espère avoir réussi à vous donner une nouvelle vision des loups, ces animaux qui ne sont finallement pas si méchants que ça.